Décrypter les dynamiques complexes de la croissance mondiale
Si l'économie mondiale semble être bien placée pour absorber une inflation plus élevée, la persistance des incertitudes brosse un tableau nuancé pour les investisseurs actifs.

Si l'économie mondiale semble être bien placée pour absorber une inflation plus élevée, la persistance des incertitudes brosse un tableau nuancé pour les investisseurs actifs.
« L'impact de la hausse des prix de l'énergie est loin d'être homogène. Les disparités régionales en matière de dépendance énergétique, de dynamique de l'offre et d'exposition géopolitique génèrent des résultats de plus en plus disparates. »
Head of International Rates, Vanguard Europe

La hausse des prix du pétrole est à nouveau au centre de l'attention des marchés mondiaux. Toutefois, ses conséquences macroéconomiques semblent sensiblement différentes de celles des chocs pétroliers d'il y a trente ans.
Si la hausse des coûts énergétiques continue d'alimenter l'inflation et de peser sur la croissance, le bilan global dans le contexte actuel est plus nuancé : la croissance reste intacte alors même que l'inflation affiche une tendance nettement haussière.
Historiquement, les flambées des prix de l'énergie ont toujours été étroitement liées aux récessions. Cependant, la croissance économique est aujourd’hui moins sensible aux fluctuations des prix du pétrole. Les changements structurels, notamment l'amélioration de l'efficacité énergétique, la diversification de l'approvisionnement et la réorientation de l'économie mondiale vers des secteurs moins gourmands en énergie, font que la hausse des prix du pétrole ne se traduit plus directement par une contraction généralisée de l'activité économique.
L'impact de la hausse des prix de l'énergie est loin d'être uniforme. Les différences régionales en matière de dépendance énergétique, de dynamique de l'offre et d'exposition géopolitique entraînent des conséquences de plus en plus spécifiques à chaque région.
Dans la zone euro, Vanguard a revu à la baisse ses prévisions de croissance, qui se situent désormais entre 0,5 % et 1 %, en ligne avec les attentes du marché. Bien que cela marque une baisse significative par rapport aux prévisions antérieures, elle n'est pas incompatible avec ce qu'a connu la région au cours de la dernière décennie, si l'on exclut le rebond post-pandémie.
La croissance reste positive, portée par la stabilité de l'approvisionnement énergétique et une résilience renforcée par rapport à la crise énergétique de 2022-2023 qu’avait provoquée le début du conflit entre la Russie et l'Ukraine. Surtout, le système énergétique européen semble désormais moins vulnérable aux flambées de prix extrêmes grâce à une plus grande contribution des énergies nucléaires et renouvelables.
La situation est différente aux États-Unis. Le pays est un grand producteur et est donc relativement à l'abri de la hausse des prix mondiaux du pétrole et pourrait même en tirer profit. L'économie américaine continue ainsi d’afficher une bonne santé, sans qu'on observe de signes tangibles d'un choc significatif sur la croissance dû à la hausse des prix de l'énergie.
L'Asie semble en revanche la plus exposée. L'allongement des routes maritimes accroît à la fois les coûts et l'incertitude. Dans certains cas, les délais de transit se sont considérablement allongés, ce qui complique les chaînes d'approvisionnement et amplifie la pression sur les prix. Par exemple, les délais de transport pour les navires en provenance d'Asie, qui prenaient auparavant environ 10 jours via le détroit d'Ormuz, peuvent désormais prendre jusqu'à 18 jours de plus via le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud.
En cas de pénurie, les acheteurs d'énergie rentreraient en concurrence pour des ressources limitées et pousseraient ainsi les prix très nettement à la hausse.
Dans ce contexte, les marchés restent très sensibles à l'évolution de la situation géopolitique. Les informations concernant l’évolution du conflit vers une résolution ou une aggravation continuent d'influencer les fluctuations de prix à court terme, en particulier sur les marchés de l'énergie et des taux. Les investisseurs adaptent de plus en plus leurs portefeuilles pour supporter d'éventuels chocs, en ajustant en conséquence leurs couvertures contre l'inflation et leurs anticipations de taux d'intérêt.
Malgré l'incertitude macroéconomique, les bénéfices des entreprises se sont révélés solides, notamment aux États-Unis, favorisant la bonne performance des marchés actions. Cette résilience souligne l'importance de distinguer les difficultés conjoncturelles de la solidité sous-jacente des entreprises.
L'adoption de l'IA semble constituer un facteur favorable notable à la croissance mondiale. Les rapports financiers des entreprises montrent qu’elles accélèrent leurs dépenses d'investissement. Certaines estimations laissent en effet entrevoir des hausses substantielles des investissements au cours de l'année à venir. Il convient de noter que les premiers signes indiquent que ces investissements commencent à porter leurs fruits. Cela atténue les inquiétudes antérieures du marché concernant les dépenses excessives et les bulles potentielles.
Cette dynamique d'investissement soutenue contribue à soutenir l'activité économique et compense en partie les effets négatifs liés à la hausse des coûts énergétiques et à l'incertitude géopolitique.
Si la croissance s'avère résiliente, l'inflation devrait rester la principale variable macroéconomique. L'inflation globale dans les grandes économies devrait s'approcher des 4 % à court terme notamment sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie. Surtout, les économies semblent désormais mieux tolérer de tels niveaux d'inflation ce qui réduit l'urgence d'un resserrement monétaire agressif.
À long terme, nous pensons que le marché des devises sera de plus en plus influencé par les fondamentaux du secteur énergétique et par le dollar américain. En matière de devises, nous intégrons des stratégies de couverture, le cas échéant, à l’ensemble de nos stratégies obligataires gérées activement. En nous concentrant sur les fondamentaux, nous cherchons à mettre en œuvre nos couvertures en sous-pondérant les pays les plus touchés par les perturbations des échanges commerciaux liées à la situation géopolitique actuelle. À cet égard, nous considérons que la roupie indienne, le baht thaïlandais et le yen japonais sont particulièrement exposés. C’est pourquoi, nous sous-pondérons ces devises par rapport au dollar américain.
En fin de compte, si la hausse des prix du pétrole continue d’avoir son importance, elle ne dicte plus le discours macroéconomique général comme elle le faisait autrefois. Elle s’inscrit plutôt dans un contexte plus complexe que les investisseurs doivent appréhender, dans lequel la croissance, l’inflation et les réponses politiques interagissent de manière de plus en plus nuancée.
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