Le choc pétrolier complique les perspectives des banques centrales
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Macro economics

Le choc pétrolier complique les perspectives des banques centrales

Que vont faire les banques centrales alors que la hausse du pétrole, causée par le conflit actuel, provoque un choc stagflationniste pour l'économie mondiale ?

Points clés

  • Un baril au delà de 100 dollars alimente l'inflation et freine la croissance, ce qui place les banques centrales face à un contexte de stagflation qui pèse tant sur les actions que sur les obligations.
  • La BCE et la BoE sont davantage exposées aux risques d'inflation liés à l'énergie et penchent désormais pour une politique de taux plus élevés pendant plus longtemps.
  • Même si les banques centrales pourraient choisir de minimiser le choc initial, les craintes que l'inflation ne se propage via les salaires et les anticipations les inciteront probablement à privilégier la prudence.

 

« Le conflit au Moyen-Orient a placé les banques centrales du monde entier dans une situation délicate. Face à la flambée des prix du pétrole, ces dernières sont contraintes de faire face à un choc stagflationniste classique, caractérisé par une accélération de l'inflation parallèlement à un ralentissement de la croissance. »

Jumana Saleheen

Cheffe Économiste pour l’Europe

 

Le conflit au Moyen-Orient a placé les banques centrales mondiales dans une situation délicate. les cours du pétrole ont dépassé les 100 dollars le baril depuis le début du conflit et devraient rester élevés dans les semaines à venir. Les banques centrales font donc face à un défi : comment réagir face à une accélération de l’inflation et à un ralentissement de la croissance ?

Il s’agit là d’un choc stagflationniste classique. La hausse des prix du pétrole touche les consommateurs et les entreprises presque immédiatement. Les automobilistes le ressentent à la pompe, le coût du transport des marchandises augmente et les pressions sur les prix commencent à se répercuter sur l'ensemble de l'économie. Les ménages et les entreprises, contraints de payer plus cher leur énergie, ont moins d'argent à dépenser et à investir, ce qui fait baisser la demande et pèse sur la croissance économique.

Les banques centrales se retrouvent tiraillées dans des directions contradictoires. Une inflation plus élevée impliquerait un resserrement monétaire, mais un ralentissement de la croissance devrait provoquer un assouplissement. Cette conjonction d'inflation élevée et de faible croissance pourrait peser sur les cours des actions et des obligations.

Les enjeux des prochaines décisions de politique monétaire

La Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d'Angleterre (BoE) et la Banque du Japon (BoJ) ont explicitement abordé la question du choc énergétique dans leurs déclarations d'avril.

La BCE, en raison de sa dépendance aux importations d'énergie, est particulièrement sensible à ce choc. Bien que ce ne soit pas notre scénario central, cette sensibilité pourrait conduire la BCE à inverser le cycle de baisse des taux qui a ramené le taux de la facilité de dépôt de 4 % à 2 % entre juin 2024 et juin 2025. Nous avons déjà révisé nos perspectives de politique monétaire pour le Royaume-Uni et prévoyons désormais que la BoE maintiendra son taux directeur à 3,75 %, et ne procédera pas à deux baisses d'un quart de point en 2026 comme nous l'avions anticipé avant le conflit.

Comment nos prévisions concernant les banques centrales ont évolué

Remarques : Ces prévisions concernent les taux directeurs à la fin de l'année 2026. Les prévisions de la Fed correspondent à la valeur médiane arrondie de la fourchette cible des taux directeurs de la Fed.

Source: Vanguard.

Nous estimons que la politique monétaire américaine est quasi neutre, à savoir que le taux directeur ne stimule ni ne freine l'activité économique. Bien que nous continuions de tabler sur une baisse de 0,25 % en 2026 par rapport à la fourchette actuelle de 3,5 % à 3,75 %, les risques ont évolué vers une période plus longue d'inertie politique tant que le conflit perdure.

L'effet de la flambée soudaine des prix de l'énergie et l'inertie de la politique monétaire

Le principal défi réside dans le calendrier. Alors que les prix de l'énergie peuvent flamber en une nuit, l’impact d’une politique monétaire est toujours décalé. Au moment où la hausse des taux d'intérêt affaiblit la demande – et, par là même, la hausse des prix –, les pressions inflationnistes peuvent déjà s'être installées. La sagesse traditionnelle consiste à « faire abstraction » de ces chocs d'offre. Mais les banques centrales ne peuvent ignorer les répercussions potentielles. Si une inflation plus élevée conduit les travailleurs à exiger une augmentation des salaires, ce qui alimente des pressions plus généralisées sur les prix, un choc temporaire pourrait s'installer durablement. C'est pourquoi nous pensons que les banques centrales feront preuve de prudence pour contenir l'inflation.

La voie à suivre dépendra de la situation initiale de chaque banque centrale. Dans la zone euro, l'inflation s'est maintenue proche de son objectif de 2 % ces derniers mois et le marché du travail est stable. Aussi, la BCE se trouve dans une position plus confortable pour faire face à un choc inflationniste qu'en février 2022, alors que l'inflation atteignait déjà 6 % et que le marché du travail était tendu. Ce contexte récent pourrait maintenir la politique monétaire dans un équilibre délicat entre hausse et statu quo, le souvenir de la flambée de l'inflation étant encore frais dans les mémoires.

En tablant sur des prix du pétrole compris entre 90 et 100 dollars le baril et sur un prix moyen du gaz naturel de 60 euros par mégawatt-heure pendant un à deux trimestres, nous avons revu à la hausse notre prévision d'inflation globale de la BCE pour 2026 à 2,5 %, tout en relevant plus modestement notre prévision d'inflation sous-jacente (qui exclut les prix volatils des denrées alimentaires et de l'énergie) à 2,1 %.

La BoE se trouve dans une situation plus délicate. L'inflation britannique est supérieure à son objectif de 2 % depuis environ cinq ans. L'inflation sous-jacente est restée supérieure à 3 % en mars 2026. Les décideurs politiques mènent toujours la dernière bataille alors qu'une nouvelle se profile déjà. Nous avons récemment revu à la baisse nos prévisions de croissance du PIB britannique pour 2026 de 0,4 %, à 0,6 %.

La banque centrale américaine dispose d'une plus grande marge de manœuvre. En tant qu'exportateur net de pétrole, les États-Unis subissent dans l'ensemble un choc moins important. La hausse des prix du pétrole pénalise les consommateurs américains mais profite aux producteurs. Même si l’inflation persiste dans le secteur des services et les effets des droits de douane compliquent la situation, la Fed peut se permettre d'être patiente. Le principal risque réside dans le fait que les taux restent élevés plus longtemps, et non dans un resserrement de la politique monétaire par la Fed.

La Banque du Japon, quant à elle, évolue dans un contexte de hausse des prix et s'oriente vers une normalisation de sa politique monétaire plutôt que vers une désinflation. La hausse des prix du pétrole et la faiblesse du yen confortent cette tendance en alimentant l'inflation à court terme, tandis que la forte croissance des salaires vient étayer le scénario de normalisation.

Retour sur les tendances de marché à moyen terme

La stagflation devrait avoir un impact négatif tant sur les actions que sur les obligations. Mais en supposant que le conflit au Moyen-Orient soit de courte durée, nous nous attendons à ce que la tendance de marché à moyen terme se rétablisse. Nous réitérons au passage le potentiel de l'IA à transformer et profiter à toutes les économies, comme nous l'avons exposé dans nos perspectives 2026.

 

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